Retour sur le temps de prière oecuménique à St-André
10 avril 2018
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Dans le cadre du 500ème anniversaire de la réforme du protestantisme,  un temps de prière œcuménique a eu lieu le dimanche 8 avril 2018 à 16 h 00 à l’église Saint André sur le thème :

“Du conflit à la communion”

une centaine de personnes étaient présentes à ce temps de prière animé par Monseigneur Thierry Jordan et le Pasteur Xavier Langlois dont voici le sermon :

L’Evangile de Jean 15, 1-5. Xavier Langlois : « Du conflit à la communion … et la connivence »

≪ Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore. Déjà vous êtes émondés par la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme je demeure en vous ! De même que le sarment, s’il ne demeure pas sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. ≫

C’est avec émotion que je prends la parole, pour la première fois à Reims, dans une église catholique. Emotion, car la joie évangélique est toujours nouvelle lorsqu’il nous est donné de pouvoir prier hors de sa propre maison ecclésiale, dans une fraternité élargie au-delà de sa parenté. Quand je prie avec des chrétiens d’autres confessions, je grandis dans la foi, car non seulement je mesure la grandeur de Dieu qui agit au-delà du terrain où je le reconnais habituellement, mais de surcroît, étant donné que dans cette diversité ecclésiale il y a aussi une diversité de dons, prier avec d’autres chrétiens, c’est se placer au bénéfice d’autres charismes. Les dons des autres confessions m’enseignent toujours. Prier ensemble, c’est donc manifester l’unité du corps du Christ entre nous, cette unité nécessaire afin que le monde croit, mais c’est aussi grandir dans notre propre unité, dans notre propre cohérence. Pour grandir à la pleine stature de Christ, j’ai besoin de tous ses dons, de tous ses charismes. Pour grandir dans la foi, le Seigneur m’enseigne au moyen des autres confessions. En tant que protestant, Dieu veut me parler à travers l’église Catholique. Vous comprenez donc que, derrière la quête de l’unité, l’enjeu spirituel est l’écoute de la Parole dans sa diversité et la communion au Seigneur.

Afin de pouvoir porter du fruit, le sarment doit demeurer sur la vigne. C’est en se nourrissant de ce que la vigne, image de Christ, lui offre dans son entièreté, que le sarment va pouvoir exister dans toute sa plénitude, exister pour lui dans sa croissance, pour les autres à travers les fruits qu’il va produire, et à la gloire du Père dans la grâce ainsi partagée. Je postule donc que demeurer en Christ revient à rechercher cette communion œcuménique.

Quand bien même nous sommes assemblés pour prier ensemble à la date anniversaire du 500ème anniversaire de la réformation, date anniversaire d’une profonde déchirure qui a meurtri l’Europe et dont les conflits ont engendré le scepticisme, je me refuse à aborder cette histoire sans la relire au prisme de cette extraordinaire déclaration commune Luthéro-Catholique, à laquelle a souscrit l’Alliance Réformée Mondiale. Notre mémoire doit évaluée, mesurée, comprise à l’aune de cette élan œcuménique qui nous a conduit jusqu’à cette déclaration dont je vous lis le premier article :

Nous confessons ensemble que le pécheur est justifié au moyen de la foi en l’œuvre salvatrice de Dieu en Christ ; ce salut lui est offert par l’Esprit-Saint dans le baptême en tant que fondement de toute sa vie chrétienne. Dans la foi justifiante, la personne humaine place sa confiance en la promesse miséricordieuse de Dieu, une confiance qui inclut l’espérance placée en Dieu et l’amour. Cette foi est active dans l’amour : c’est pour cela que le chrétien ne peut et ne doit pas demeurer sans œuvres. Mais tout ce qui dans la personne humaine précède et suit le don libre de la foi n’est pas la cause de la justification et ne la mérite pas.

Ces mots sont d’une extrême importance. Ils ne nous parlent pas des dons particuliers de chacune des églises qui ont signé cette déclaration, mais du fondement qui leur est commun. Nul ne peut lire cette déclaration sans se laisser émouvoir devant cette si profonde parenté qui nous dévoile l’un en face de l’autre dans une même confiance en Christ qui nous justifie dans la foi. Les uns et les autres nous sommes donc si semblables, si proches ?

Si oui, ce que je crois, deux questions me viennent. La première, à laquelle je répondrai en fin de prédication est de me demander s’il peut rester encore des divisions sérieuses entre deux confessions qui s’accordent sur un point aussi central que celui de la justification ? Si l’on est d’accord sur la façon dont Dieu se réconcilie l’humain et institue individu comme chrétien, on est en droit de se dire que ce qu’il reste n’est plus tant de l’ordre de la division que de la distinction.

J’y reviendrai parce qu’une autre question me presse. Nous sommes donc d’accords pour dire que le croyant est déclaré juste par Dieu au moyen de sa grâce, de son amour efficace pour l’homme, et par la foi en Jésus-Christ et en son œuvre dans la communion de l’Esprit-Saint. Il a donc fallu cinq siècles pour que nous puissions dire ce qui me semble être de l’évidence évangélique ! Quelle tristesse ! Du coup je m’interroge en tant que protestant. Qu’a donc dit Luther propre à creuser ce fossé d’incompréhension sur un sujet aussi central et en même temps si évident que l’œuvre de réconciliation divine ?

Luther dit, que seule la foi rend juste le pécheur devant Dieu. Que cette foi est l’œuvre de Dieu, par laquelle l’humain est détourné du péché, c’est-à-dire d’une vie tournée exclusivement vers elle-même. Que la foi qui oriente vers Christ est aussi l’événement de la rencontre et de la communion au Christ qui  se saisit de l’humain et le place au bénéfice de sa mort et de sa résurrection. Que la foi n’est pas une disposition ou une qualité humaine, mais une transformation radicale une nouvelle naissance révolutionnant la personne elle-même.

J’ai beau lire et relire Luther, essayer de comprendre le catholicisme du 16ème siècle, je ne saisis pas la raison de la profondeur et de la violence de cette déchirure. Jusqu’à ce que je lise André Birmelé, enseignant chercheur en dogmatique à la faculté de théologie protestante de Strasbourq, qui, dans son ouvrage « L’horizon de la grâce », rappelle qu’au 16ème les théologiens catholiques avaient caricaturé Thomas d’Acquin. Je m’explique car le point est capital. Quand il parle de la foi, Thomas reprend cette distinction héritée d’Augustin, entre la fides quae, le contenu de la foi, ce que je crois, ce que je formule dans un discours rationnel, et la fides qua,  la foi par laquelle je crois, le mouvement intérieur, l’acte de confiance. Cette distinction posée par Augustin dans son traité sur la Trinité et reprise par D’Acquin est capitale et j’y adhère. Je peux tout autant parler de ce que je crois et de ce que je ne crois pas, que de cet élan de confiance indicible qui me presse de m’en remettre à Jésus. Dans la foi, il y a une dimension intellectuelle et existentielle. Mais D’Acquin a été caricaturé dans le sens ou la foi était devenue exclusivement l’adhésion à des vérités devant être complétée par des œuvres d’amour. La foi étaite réduite à une connaissance qui devant être répétée. Ceci étant dit les protestants vont faire la même chose aux 17ème et 18ème siècle en figeant leur discours à travers ce que l’on a appelé le siècle des orthodoxies protestantes, et, au passage en s’anathémisant mutuellement.

Donc, quand Luther parle de la foi qui sauve, il parle d’une expérience de foi dans laquelle Christ le rejoint. La sola fide (la foi seule) est naturellement inaudible pour les cahtoliques d’alors, car cela reviendrait à réduire le salut à l’adhésion à des vérités, au détriment de l’œuvre de la grâce. Deux définitions de la foi opposées rendent toute compréhension mutuelle impossible alors que tous défendent la primauté de la grâce. Ainsi, il a fallu attendre la publication en 1967 d’une étude d’un frère dominicain Otto Hermann Pesch qui compare les discours sur la foi de Thomas et Luther et montre qu’en fait, sur la question du salut, ils ne sont pas contradictoires. Cette étude relayée par le grand théologie Hans Küng aura une portée fondamentale pour l’avancée de l’œcuménisme et mettre fin à 5 siècles de malentendu.

Fâcheux malentendu, tragique malentendu. D’autant plus tragique que durant le même siècle, un autre que Martin Luther, va faire une expérience de foi toute à fait similaire dans l’église catholique et devenir le chevalier de la contre Réforme. Cet autre vous le connaissez, il s’agit d’Ignace de Loyola. Je m’intéresse de plus en plus à lui et je suis absolument frappé par la connivence entre les chemins spirituels de Luther et de Loyola. Quand j’emploie le mot de connivence, je l’emprunte en fait à cet intellectuel jésuite, René Lafontaine qui a écrit une théologie comparée de Luther et de Loyola. Or dans l’œuvre  d’Ignace il y a clairement trois lieux de connivence avec Luther. Comme Luther, il a recherché en vain la paix dans l’ascétisme et le rigorisme moral. Comme Luther, il a fait l’expérience de la précédence de la grâce. Comme Luther il a découvert dans les écritures, un lieu d’expérience spirituelle et de rencontre avec Christ. Tous les deux ont une approche existentielle de la Parole. Bien sûr, chacun avec sa sensibilité et sa courbe de vie spirituelle.

Alors vous voyez, quand je relis ce 16ème siècle, j’y découvre un malentendu tragique autour de la définition de la foi, source de schisme et d’anathémisation réciproque, et j’y trouve dans chacune de ces confessions émergentes des réveils engendrés par deux expériences de foi extrêmement similaires. Malgré le tragique, dans chacune des traditions maintenant séparées, perdurait quelque chose d’identique, le cœur de ce qui fait la foi chrétienne : l’impossibilité de se sauver hors de la grâce du Père, et l’expérience de l’action de Christ dans la prise au sérieux des écritures sous la conduite de l’Esprit.

Est-ce que tout cela nous concerne encore aujourd’hui ? Après la déclaration commune sur la justification par la foi, nous est-il encore utile de revisiter la réforme et la contre réforme ? Je le crois, car un autre danger nous guette.

Je me demandais plus haut, s’il y avait toujours des raisons objectives de nous dire divisés. Oui, tant qu’il n’y aura pas de pleine reconnaissance des ministères et une pleine hospitalité eucharistique, nous serons une fraternité divisée. Face à ce défi, le danger qui nous guète c’est, au nom de ce qui a été parcouru, de nous désintéresser du chemin qui reste à parcourir. Est-ce qu’on se satisfait de la situation où la vit-on comme ce quelle est, un scandale ? Et nos églises sont d’autant plus aux prises avec le risque du repli, que, dans le contexte européen, elles font face à d’immenses défis, ceux de l’incrédulité, de la violence, des fascismes, du dictat économique. Face à tous ces défis, la question de l’œcuménisme pourrait ne plus sembler, aux yeux de certains, comme une urgence.

Alors bien sûr ce n’est pas nous qui aujourd’hui allons régler la question. Par contre, il nous appartient collectivement de préparer l’avenir, il nous appartient de prier et d’agir en faveur de cet avenir que nous désirons. Comment aborder la suite ? Si l’histoire nous apprend qu’au plus fort des luttes fratricides il y avait néanmoins un socle d’expériences communes, peut-être pouvons-nous commencer par partager nos expériences, les poursuivre, les amplifier. Si le Christ nous appelle à demeurer greffé sur le cep, à demeurer dans la communion du corps tout entier, pour oser vivre cette communion il entend aussi nous émonder, de nos peurs, de nos renoncements, de nos faux combats.

Tout chemin ne pourra commencer, recommencer, ou se fortifier, que dans le partage de ces expériences si singulières et qui pourtant témoignent d’une même grâce agissante. C’est dans cette connivence reconnue, accueillie et honorée comme un don de Dieu, que le Dieu trinitaire se glisse et nous prépare à d’autres émerveillements.

Amen.

Voici le déroulé de ce temps de prière ici : prière oecuménique 8 avril 2018

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Protestants et catholiques : “Ensemble, c’est riche et stimulant”

Rencontre avec Pascal Geoffroy, Pasteur d’Épernay, Châlons-en-Champagne, Sedan et Charleville-Mézières.

Entamée en 2016, la célébration des 500 ans de la Réforme a culminé autour du 31 octobre 2017, date anniversaire du jour où Martin Luther aurait placardé ses 95 “thèses” à la porte de l’église de Wittenberg, en 1517. C’est la première fois, en cinq cent ans, qu’un centenaire est fêté de manière œcuménique.

Que représente, pour vous et votre communauté, la commémoration des 500 ans de la Réforme ?

Pascal Geoffroy. La Réforme appartient autant à l’Église catholique qu’à l’Église protestante. Les questions qui se sont posées alors concernent la foi de toute l’Église. Par cette commémoration, tous les chrétiens sont invités à les revisiter. On parle quelquefois de “réformation” comme d’un processus dynamique d’une plus grande fidélité à l’Évangile. Depuis, nous avons fait du chemin ensemble et nous sommes arrivés, en 1999, à la signature d’un texte commun entre catholiques et protestants ; accord théologique “sur la justification” paraphé à Augsbourg, en Allemagne. C’est un texte absolument essentiel. Le protestantisme historique et les catholiques sont d’accord pour dire ensemble que le salut relève uniquement de la foi. Cette foi est un pur don de Dieu, une pure grâce, sans aucun mérite de notre part. Quant aux œuvres, elles viennent ensuite comme une reconnaissance de ce salut.

Comment vivez-vous l’œcuménisme ?

Nous le vivons dans nos familles au quotidien, depuis longtemps. Il est très rare par exemple qu’un mariage concerne deux protestants … Nous essayons de vivre la fraternité dans le dialogue entre protestants et catholiques. Ce qui est devant nous est de travailler conjointement, au service du monde. Ensemble, c’est riche et stimulant, et c’est un lieu d’excellence pour lutter contre les préjugés, jusque et y compris dans un dialogue interreligieux, et notamment islamo-chrétien.

Propos recueillis par Élisabeth Joubert – Chez Nous Sèves Nouvelles d’octobre 2017

Quelle est la différence entre un protestant et un catholique ?

2 milliards de chrétiens, et parmi eux des catholiques et des protestants. Catholiques et protestants ont la même Bible, le même “Notre Père”, la même foi en un Christ ressuscité. La principale différence tient dans la conception de l’Église, de ce qui fait Église. 500 ans après la réforme initiée par Martin Luther, Antoine Nouis a rédigé l’excellente “Lettre à ma belle-fille catholique pour lui expliquer le protestantisme” (éd. Labor et fides).

Catholiques et protestants croient-ils en la même chose ?

“Au niveau de l’essentiel je dirais oui, répond Antoine Nouis, car ce qui est au cœur de la foi pour moi protestant mais un catholique le dirait aussi, c’est Jésus Christ”. Pour le pasteur, la foi est une démarche de “confiance” et de manière de se laisser interpeller par l’Évangile. Par ailleurs au sein du catholicisme comme du protestantisme s’expriment d’innombrables sensibilités.

Les points communs

Ils sont très nombreux ! Protestants et catholiques ont la même Bible, la même foi en un Christ crucifié et ressuscité, le même Credo, le même “Notre Père”, la même conception de la vie après la mort … Jusqu’à la recherche scientifique, les chercheurs qui étudient la Bible, protestants et catholiques, travaillent ensemble, précise Antoine Nouis !

Du côté des fêtes religieuses, Noël, Pâques, la Pentecôte ou l’Ascension sont célébrées aussi bien chez les uns que chez les autres. Avec une nuance : les protestants ne célèbrent pas la Vierge Marie de la même façon que les catholiques.

Les points de divergence

La principale différence entre protestants et catholiques, “celle qui récapitule toutes les autres, c’est la compréhension de l’Église”. Pour les catholiques, “il y a peu cette idée que l’Évêque est détenteur de quelque chose qui appartient au Christ”. L’Église catholique romaine est en effet dite “apostolique”, c’est-à-dire héritière de ce que le Christ lui-même a confié aux Apôtres. Pour les protestants, “l’Église n’est pas tant une institution ordonnée par le Christ mais un événement”. Selon les réformateurs, “pour qu’il y ait Église il faut qu’il y ait un Évangile proclamé et partagé”.

Si l’on voulait caricaturer, forcer le trait pour appuyer cette divergence de conception, on dirait avec Antoine Nouis que “le catholique est celui qui dit : ce que je crois allez le demander à Rome” et “le protestant, celui qui dit moi, ma Bible et mon Dieu je n’ai besoin de personne”.