Message d’entrée en Carême de Mgr Eric de Moulins-Beaufort
6 mars 2019
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Chers Frères et Sœurs,

La coutume de l’Église veut que l’évêque avertisse les diocésains de l’ouverture du Carême et leur annonce la date de Pâques. Les calendriers universels rendent ce service-là inutile. Il reste bon en revanche de faire connaître quelques-unes des grandes dates qui jalonneront le Carême et de rappeler les quelques obligations de ce temps de pénitence et de préparation. Je veux surtout vous annoncer que j’ai la joie d’appeler 21 adultes de notre diocèse à recevoir le baptême dans la nuit de Pâques.

Frères et sœurs, le Carême dure 40 jours. Il commence cette année le mercredi 6 mars qui sera le Mercredi des Cendres. Il s’achèvera avec le dimanche des Rameaux, le 14 avril prochain, qui nous fera entrer dans la Semaine Sainte et la joie, immense, de Pâques. Le Mercredi des Cendres est un jour de jeûne, c’est-à-dire de privation d’un repas (le déjeuner ou le dîner) et de grande modération pour l’autre repas du jour pour tous ceux qui en sont capables, avec abstinence de viande. Il en va de même pour le Vendredi-Saint, le 19 avril prochain. Tous les vendredis de Carême sont des jours d’abstinence de viande. Au long des quarante jours, nous sommes invités au jeûne, à la prière et au partage. Pendant des siècles, la mise en œuvre de ces consignes était fixée socialement, dans un certain unanimisme social. Depuis les années 60, chacun est appelé à choisir ce qui a du sens pour lui dans son chemin spirituel. Les paroisses, toutefois, proposent des activités propres au Carême : Chemins de croix, groupes de réflexion, activité caritative, quête du CCFD ou pour les Églises qui en ont davantage besoin…

Permettez-moi d’attirer votre attention sur le point suivant : il vaudrait la peine que tous, nous réduisions un peu le temps que nous passons à regarder nos écrans, à « surfer » sur internet, pour gagner 5 ou 10 minutes de prière. Il suffit de prendre la lecture de l’Évangile du jour ou de celui du dimanche et de l’écouter vraiment, les yeux fermés, si cela nous aide, en regardant le Seigneur Jésus prononcer ces paroles ou faire ce geste. Vous pouvez ensuite y ajouter quelques intentions. Je vous invite à prier chaque jour de ce Carême pour nos catéchumènes et aussi à choisir une personne dont vous demanderez au Seigneur qu’il lui accorde la grâce de Le rencontrer pour de vrai.
Prière, jeûne et partage comportent une part de privation : il s’agit de choisir l’unique nécessaire plutôt que les innombrables nécessités qui s’imposent à nous jour après jour. Mais ces pratiques vont bien au-delà de la privation. D’une part, elles nous aident à nous détacher de nos péchés, grands ou petits, en nous réorientant vers le Seigneur. D’autre part, elles nous permettent de soutenir les catéchumènes dans le grand pas qu’ils auront à franchir et d’augmenter la sainteté de l’Église qui va les recevoir comme des frères et des sœurs à aimer. Nous secouons la poussière que les semaines qui passent accumulent forcément pour retrouver à neuf notre joie d’être baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, de le connaître, de le suivre, et nous nous disposons à accueillir avec un cœur plus pur, plus ouvert, ceux et celles qui vont devenir avec nous membres du Corps du Christ. Nous avons à le recevoir chacun comme un don du Christ Seigneur pour notre Église particulière à Reims et dans les Ardennes. Dans nos efforts de Carême, portons-les pour que la grâce du baptême puisse porter en chacun d’eux ses fruits les meilleurs.

Il convient pour cela aussi que nos communautés profitent du Carême pour mettre au clair les petits conflits ou les tensions qui peuvent exister. Je suis conscient qu’en tel ou tel lieu des incompréhensions douloureuses se vivent. Les êtres humains ne se disputent pas lorsqu’ils sont assis côte à côte sans s’occuper les uns des autres. En revanche, dès que l’on s’engage ensemble dans un service où s’exprime le fond de notre cœur, le plus intime de notre compréhension de la vie, de la mort, de Dieu, des autres, de la destinée de l’humanité, alors les plus petites décisions prennent de l’importance et peuvent être causes de conflits difficiles à surmonter. Et pourtant : notre Seigneur ne s’intéresse qu’à cela, à l’amour que nous avons les uns pour les autres. A défaut de pouvoir tout apaiser, que le temps du Carême soit du moins un temps pendant lequel, chaque jour, chacun demande au Seigneur : « Seigneur, apaise mon cœur à l’égard d’untel ; inspire-moi la parole ou le geste qui nous permettront d’avancer vers la réconciliation ; que ta Pâque ne nous trouve pas en colère l’un contre l’autre ».

Enfin, frères et sœurs, le temps du Carême doit être polarisé par la communion eucharistique de Pâques. Ce jour-là, il nous est donné de communier au Crucifié ressuscité, au Fils livré entre nos mains et exalté pour qu’il nous entraîne avec lui vers le Père. Tout l’aspect pénitentiel du Carême n’a de sens qu’en vue de la plénitude de la joie de Pâques, scellée par la communion. Pour cela, il importe que chacun de nous célèbre le sacrement de réconciliation et du pardon par une bonne, simple et profonde confession. L’aveu de nos péchés n’a pas pour fonction de nous humilier ; il manifeste au contraire notre dignité de fils et de filles de Dieu, habités de l’Esprit-Saint,  capables de désigner les actes où nous aurions manqué à cette dignité pour ne pas en rester prisonniers, mais confesser plutôt notre joie d’être les fils et les filles du Père et notre confiance en la puissance du Sauveur pour nous tenir en lui.

Frères et sœurs, le dimanche 10 mars aura lieu en la basilique Saint-Remi, de Reims, l’appel décisif des catéchumènes. Le mardi 16 avril aura lieu, en la cathédrale de Reims, la messe chrismale. Entouré des prêtres et des diacres du diocèse, j’y bénirai ou consacrerai les huiles saintes qui accompagneront au long de l’année les grands actes de salut que sont les sacrements du baptême, de la confirmation, de l’ordre, des malades. Venez prendre part à cette célébration. Souvent, ceux qui l’ont vécue une fois, y reviennent, sentant que s’exprime là le cœur du mystère de la foi et de sa puissance de libération et de vérité.

Vivez, vivons ce Carême, avec générosité. Nous le devons aux catéchumènes qui se préparent. Nous le devons à l’Église entière qui doit pouvoir tirer profit sans tarder de la miséricorde que Dieu lui fait en la purifiant sans détour. Si tous les baptisés de notre diocèse se préparaient au long du Carême à se confesser pour de vrai en vue de Pâques, si tous priaient chaque jour pour les catéchumènes et pour un frère ou une sœur dont ils voudraient qu’il ou elle rencontre le Seigneur, si ceux qui sont divisés suppliaient selon ce que j’ai indiqué plus haut, alors nous sortirions des célébrations de Pâques rénovés et fortifiés, et beaucoup autour de nous en éprouveraient le bienfait avec joie,

+ Éric de Moulins- Beaufort

Les 21 catéchumènes qui seront baptisés à Pâques dans notre diocèse : 
Daniel – Marie-Noëlle – Valentin – Patrick – Linda – Nicolas – Cassiopée – Juliette – Anne – Elsa – Sabrina – Wilfried – Blanca – Éric – Marie – Clara Dorine – Rachid – Marion – Thomas – Julie